Au Havre, l’auto-école solidaire mène au permis à une allure adaptée

Au Havre, l’auto-école solidaire mène au permis à une allure adaptée

Société. Le Pôle mobilité du bassin d’emploi du Havre héberge, entre autres, une auto-école solidaire pour des publics en difficulté frappés par les inégalités dues au manque de mobilité.

Pour ce groupe, Christine Noël table sur une cinquantaine d’heures de cours

Les cloisons du local à peine érigées ils ont commencé à plancher. Ne voulant surtout pas perdre une minute vers la quête du permis de conduire. Plus qu’une simple émancipation, le « papier rose » s’apparente pour eux à un marchepied dans une vie où l’ascenseur social est resté en panne. Dans quelques semaines, Véronique, Fadhila, Christelle, Anthony, Ingrid, Kheira et Surajuden passeront leur examen de code après avoir bénéficié, à raison de six heures par semaine, d’une formation à l’allure adaptée.

Inauguré récemment, le pôle mobilité du bassin d’emploi du Havre accueille en son sein l’antenne havraise d’Inservolant, spécialisée dans l’insertion par la conduite routière des publics fragilisés, maîtrisant peu la langue française, manifestant un illettrisme, un repli sur soi ou un manque de confiance important.

Prendre le temps

La mobilité est un enjeu prépondérant sur la pointe de Caux. Pour 51 % des ménages de la communauté de communes Caux Vallée de Seine, c’est « une véritable préoccupation » alors que 64 % sur l’agglomération havraise déclarent avoir raté un emploi par manque de mobilité.

Christelle, 23 ans, en cours de formation au métier d’auxiliaire de vie, concède« stresser pour un oui ou pour un non ». En parallèle à l’aide financière dont elle bénéficie, elle apprécie la méthode.« Ici on prend réellement le temps de répondre à nos questions, de revenir sur chaque erreur… »

Pour la formatrice sur le secteur du Havre, Christine Noël, les problèmes de concentration, souvent de mémoire, sont récurrents parmi le public concerné.« Dans une auto-école du secteur marchand, on lance le DVD et le moniteur laisse les élèves s’entraîner. A contrario, nous nous attardons sur chaque question, parfois sur la tournure même de la phrase. »

Malgré ses efforts, Fadhila, à 45 ans, bloque encore sur certaines subtilités de la langue de Molière.« J’ai bien essayé dans une auto-école classique, mais sans explications, c’était vraiment trop dur pour moi. Oui je peux trouver du travail dans la rudologie à Saint-Jean-de-Folleville mais c’est loin. Il me faut la voiture. »

Pour ces élèves parfois considérés à la marge(« Tous ou presque sont des accidentés de la vie », insiste Romée Gallay, la coordinatrice d’Inservolant pour la Normandie), passer le permis n’a pas le même sens que pour un lycéen ou un jeune étudiant l’assimilant à davantage de liberté.

À 26 ans, Anthony travaille sur un chantier d’insertion pour devenir agent d’entretien.« Avant j’étais peintre en bâtiment mais aujourd’hui, ce nouveau métier m’amène à finir à une heure parfois 2 h du matin. A cette heure-là, plus de bus. Je n’ai donc pas d’autre choix que de rentrer à vélo. Sans voiture, je sais aussi que je suis passé à côté de boulots… »

Pour ce groupe, Christine Noël tablera sur 40 à 50 heures d’apprentissage avant l’examen du code.«C’est courageux de leur part. Particulièrement quand j’ai un public qui a des difficultés à lire, qu’il faut reprendre mot par mot. »

Concurrence ?

Puis viendra, après obtention d’un second volet d’aides(autrefois l’Apred, désormais l’Abis), l’heure de passer à la conduite. Romée Gallay entre en scène.« Pour chaque automobiliste, la charge mentale joue un rôle dans le comportement. Avec ce public elle est très forte. Et disons-le, l’habitacle de la voiture est un parfait confessionnal. On ne peut donc pas parler de méthode d’apprentissage. C’est notamment au moniteur de savoir si l’élève est à cet instant à même d’apprendre à bien se conduire au volant. »Souvent la coordinatrice préférera passer du temps autour d’un café et poursuivre ainsi la mise en confiance d’un élève. Quelle auto-école marchande le ferait ? Et pourtant, elle se refuse de parler de concurrence déloyale.« Nombre de responsables d’auto-école m’ont envoyé leurs élèves. Ils ne sont pas intéressants notamment parce qu’ils font baisser leurs statistiques de réussite au code lors d’une première présentation. »

Inservolant affiche un taux de réussite de plus de 70 % au code et 90 % à la conduite (données 2013). Ils sont respectivement de 65 % et 57 % en Seine-Maritime.

CHRISTOPHE FREBOU

Pôle Mobilité du bassin d’emploi du Havre 90 rue Gustave Brindeau. 02 35 54 32 21.

PRATIQUE

Parmi le public cible du pôle mobilité : des demandeurs d’emploi, bénéficiaires du RSA, jeunes desmissions locales, stagiaires de la formation professionnelle, salariés précaires à temps partiel, intérimaires ou salariés en insertion. 

Les usagers d’Inservolant, présente au Havre et Bolbec, peuvent autofinancer leur projet ou demander à bénéficier d’aides. 

– L’Apred (bénéficiaires du RSA) 

– L’Agefiph (situation d’handicap) 

– Le FAJ (mission locale). 

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